Thomas Dumenil, le nouveau capitaine des Vipers.

Biographie :


Né à Rouen le 5 octobre 1977, il y a bien longtemps maintenant (sa biographie de joueur).  J'ai commencé le hockey parce que mon oncle habitait à Montréal. Il est revenu de là-bas un Noël avec des patins Guy Lafleur que j'ai gardé, une crosse et des gants. J'avais 3 ans et demi quand j'ai commencé. A l'époque, à Rouen, le hockey n'était absolument pas comme maintenant. C'était un sport de seconde zone, l'équipe était en 2ème ou peut être 3ème division, ils sont monté en 1ère division en 85 (voir l'histoire du club sur wikipedia : ICI). La patinoire était un peu spéciale. Ensuite, j'ai gravi les catégories à Rouen, mais je ne pensais pas faire une carrière dans le hockey. D'ailleurs je me suis entraîné là-bas avec le grand Frank Saunier. Et oui, il y a de l'ancien Rouennais à Végapolis (rires). De fil en aiguille, j'ai intégré l'équipe de France 20 ans. Je suis parti aux championnats du monde en 1997 à Kiev en Ukraine d'où je garde de très très bon souvenirs (la vodka piment c'est terrible...). Nous avons ramené une médaille de bronze de là-bas. L'entraîneur de l'équipe première de Rouen (Benoit Laporte) m'a demandé si je voulait intégrer l'équipe. Vu que j'avais eu mon BAC, mes parents m'ont autorisé à le faire. Ils ont peut être regretté après, ils auraient voulu Bac+2 ou +3 mais c'était trop tard, ils m'avaient donné leur accord. J'ai donc intégré l'équipe première où j'ai joué 3 saisons. Ensuite j'ai voulu toucher un peu plus de glace, prendre plus de volume, je suis parti à Mulhouse. Pascal Ryser m'avait remarqué. J'ai joué 3 saisons à Mulhouse, avec Lionel Bilbao une année. J'ai eu quelques petites blessures, un genou à Rouen, le 2ème à Mulhouse. Je suis parti à Besançon, où j'ai joué avec Alexis Billard. Mais je le connaissais d'avant puisqu'il jouait à Rouen.  Ce club a été une mauvais expérience car il a déposé le bilan au mois de février. C'était un peu difficile à vivre.
J'ai commencé à chercher un club me permettant une reconversion, me permettant de travailler en dehors. Je suis parti jouer 2 saisons à Limoges où cela s'est très bien passé. J'ai beaucoup aimé. Au fur et à mesure, si je regardais la carte de France, je descendais car j'aime le soleil, j'aime la mer. Pascal Ryser me connaissant, il avait voulu me faire venir une année avant, mais ce n'était pas possible. J'ai accepté pour la saison 2005-2006 de venir à Montpellier, j'ai trouvé un travail. Je vais vous dire où, sinon mon patron ne sera pas content (rires) : La pharmacie du Forum à Lattes. J'ai repris mes études de préparateur en pharmacie l'année dernière et j'ai des examens à passer au mois de juin. Je ne regrette pas du tout mon choix, nous avons vécu une belle aventure l'année dernière avec le club, un début de saison un peu difficile cette année, mais une très belle fin de 1ère phase fin 2006. C'est de bonne augure pour la suite.


Le travail, les études, l'équipe, comment tu gères tout cela ?

Ce n'est pas évident, je suis obligé de faire attention à tout. Il faut que je sois présent partout, il faut que je sois performant au hockey, dans le vestiaire, à l'école, au travail. Mais j'aime bien vivre à 100 à l'heure, avoir des responsabilités, limite être débordé donc cela ne me pose pas plus de problèmes que cela. Là où j'ai le plus peur, ce n'est pas pour le hockey, ce n'est pas pour le travail, mais c'est pour l'examen. Il ne faut pas que je prenne de retard.

As tu des joueurs qui t'ont inspiré (à part Alexis Billard évidemment) ?

Aaahh non (sourires), c'est moi qui l'ai inspiré, je suis plus âgé. Je lui ai tout appris, il faut le dire (Alexis, si tu nous lis, je te donnerai l'occasion de t'exprimer à ce sujet :-)) ). Sérieusement non, je n'ai pas de joueur fétiche. Je ne suis pas la NHL, je ne suis pas trop tout cela. Je regarde mon équipe, mais je ne suis même pas le classement. C'est mon principe, match après match, jouer à fond. Bien sûr, en fin de 1ère phase j'ai regardé le classement parce que je voulais savoir où nous en étions, les possibilités. Les joueurs en parlaient évidemment.
A l'époque il y a eu des joueurs comme Dave Randall, Steven Woodburn, qui m'ont un peu inspiré, mais je n'avais pas vraiment de modèle. Je joue pour moi même si, bien sûr, on voit des images ou des buts en NHL ou en championnat européen qui sont relativement plaisants.
J'ai vu jouer de grands joueurs comme : Jaromir Jagr avec le club de Bolzano contre Rouen en finale de coupe d'Europe le 6 décembre 1994, on voit la différence. L'écart est phénoménal. Il y a une tranquillité sur la glace, un positionnement qui fait qu'on a l'impression qu'il est partout sur la glace sans donner un coup de patin. On dirait qu'il arrive à contrôler tout le jeu et tous les joueurs.
Il y a de nombreux joueurs avec qui j'ai joué qui m'ont impressionné, notamment quand j'étais à Rouen (Kari Jalonen, Petri Ylönen...) ainsi que lors des championnats du monde à Kiev (Laurent Meunier, Vincent Bachet, Romain Carry qui était capitaine à l'époque...). Il y en a pas mal qui sont en ligue Magnus maintenant. On avait une belle équipe. Il y avait Christian Elian aussi qui joue à Morzine, Romain Moussier qui joue à Gap... je peux me souvenir de tous, Baptiste Amar, Simon Bachelet, mais je ne vais pas tous les citer.

Pourquoi défenseur plutôt qu'attaquant, tu as choisi comment ?

En benjamin, si je me souviens bien, personne voulait être défenseur, tout le monde voulait aller devant pour marquer des buts. Je me suis dit pourquoi pas, on m'a proposé, j'ai fait un match. Cela a été sympa. C'est une vision différente, ce n'est pas tout à fait le même esprit non plus. On est plus là pour bloquer que pour déborder.  Finalement je ne regrette pas, cela m'a plutôt réussi.

Et les nouvelles règles, cela n'a pas été trop difficile ?

C'est très dur. Ce n'est plus vraiment du hockey pour moi. Il y a les nouvelles règles et surtout la façon dont elles sont appliquées. Ces nouvelles règles favorisent les attaquants. Ils veulent du jeu, je peux le comprendre. Mais tous les arbitres n'appliquent pas les règles de la même façon et cela est très dur parce que certaines fois on tape la crosse de l'adversaire on prend 2 minutes, dans un autre match l'arbitre peut laisser totalement passer cela. En début de saison, c'est vrai que j'ai pris beaucoup de pénalités car on m'a appris le jeu défensif de cette façon comme de mettre la crosse entre les jambes. Après j'aime bien mettre des petits coups, j'accroche pas mal. C'est mon jeu, j'ai du m'adapter. Cela fait maintenant 4 ou 5 matchs que je n'ai pas pris de pénalité. Je touche du bois... Mais par contre c'est un jeu totalement différent. J'ai parfois des hésitations. On regarde du coin de l'oeil l'arbitre, on n'ose pas y aller, finalement on se retient car on risque de pénaliser l'équipe en accordant des powerplays. C'est vraiment délicat. On peut moins jouer virilement, physiquement. Certaines fois il y a des grosses mises en échec qui ne sont pas sanctionnées, le coup d'après on se fait sanctionner alors qu'il y a 2 ou 3 ans on ne l'aurait jamais été. C'est arrivé à yannick Riendeau à Bordeaux qui se prend 5+20. Ce n'est pas pour quelques points de suture qu'un joueur prenait des pénalités. Pareil pour l'obstruction, on peut empêcher la course du joueur, mais si on met un petit coup de patin de trop on peut prendre 2 minutes. Cela enlève le petit plaisir du jeu, car faire un bloque c'est tactique. Il faut aussi que l'arbitre soit intelligent, qu'il voit dans quel sens c'est fait, si c'est fait pour casser le jeu ou au contraire créer du jeu.
Les palets envoyés malencontreusement en dehors considérés comme des retards de jeu, c'est une règle qu'ils ont un peu adapté. Cela cassait le jeu pour nous, pour le public. Ce n'est pas bon pour le hockey. Couper le jeu toutes les 2 minutes, cela ne sert à rien, bien au contraire.

Passer du rôle de joueur au rôle de capitaine, cela change quoi ?

Vis à vis des copains, oui et non. Car sans être capitaine, j'ai mon caractère aussi, relativement cool, j'aime bien rigoler, peut être un peu trop parfois. C'est ce que me disait l'ancien capitaine, un peu trop cool, car j'aime mettre l"ammbiaannceeeuuu". Mais par contre quand il faut 'gueuler', je sais le faire. J'ai des principes, je pense que tous les joueurs l'ont accepté jusqu'à présent. Je ne râle pas pour râler, pour montrer que je dois diriger, ce n'est pas dans mon caractère. Par contre s'il y a quelque chose à dire, quand je sens que cela ne va pas, je le dis. On parle. Jusqu'à présent cela se passe très bien, je pense que tout le monde l'a accepté. Ce n'est pas évident de succéder à Lionel car il a un gros palmarès. C'était mon capitaine à Montpellier, c'était mon capitaine à Mulhouse aussi. Il a un gros volume dans le vestiaire en temps que capitaine, maintenant comme entraîneur c'est différent. C'est à moi de combler au mieux, je pense que cela s'est fait en douceur, mais je pense que cela s'est bien fait.
Prendre des responsabilités dans une équipe je connais, j'étais capitaine en junior élite à Rouen, assistant à Besançon, assistant à Limoges, capitaine à Limoges.
Cet été, on se voyait avec Lionel. Il me disait :'l'année prochaine, je ne vais plus être coach assistant certainement', il ne sentait plus le rôle de capitaine, il voulait mettre une petite barrière et 'je te verrais bien dans le rôle de capitaine'. J'étais réticent parce que j'ai des obligations à côté et cela demande un investissement supplémentaire malgré tout. Il faut régler tous les petits conflits, être un peu plus à l'écoute, être présent. Il faut être là moralement tout le temps pour tout le monde. Je fais beaucoup de choses en dehors du hockey.
Donc quand Lionel est devenu officiellement entraîneur, il n'est pas venu me voir, il a dit dans le vestiaire qui il souhaitait comme capitaine et comme assistant. Il ne l'imposait pas forcément. J'ai accepté parce que c'était lui. Je savais comment cela partait. S'il fallait quelqu'un pour le relayer, je vais le faire pour aller dans son sens et faire quelque chose pour les Vipers.
J'essaye de faire en sorte, si Lionel prend une décision,  qu'elle soit acceptée par tout le monde sans qu'il y ait de problèmes. Je dois gérer l'égo, les rancoeurs, on est un groupe, et chacun a sa place. Je dois faire en sorte que les petits problèmes rencontrés ne remontent pas jusqu'à Lionel car il a des tas d'autres choses à gérer. Le hockey est un sport viril et c'est très facile d'en venir aux mains. Ce n'est pas pour cela qu'après on ira pas boire une bière ensemble. Il faut que tout le monde aille dans le même sens, que tout le monde soit content de venir s'entraîner, de porter le maillot de Montpellier. Pour l'instant cela va bien.
Par exemple à Limoges à la fin du 2ème tiers quand on est rentré dans les vestiaires, j'ai poussé une gueulante, parce que j'ai trouvé inadmissible notre comportement sur la glace. cela devenait individualiste, hautain. Cela n'allait pas du tout dans le sens du système de jeu mis en place. J'ai pris mon rôle très au sérieux. Tout le monde l'a accepté et tout le monde est de nouveau allé dans le même sens, comme Lubos Pavel qui se jette devant le palet alors qu'on mène.

La communication avec le corps arbitral ?

Avec les arbitres c'est marrant. Avec certains on commence à se connaître. Il ne faut pas les prendre pour des 'cons', loin de là. mais cela marche dans les 2 sens, il ne faut pas qu'ils nous prennent pour des 'cons' non plus. Quand il font des fautes, ils faut qu'ils le reconnaissent même si c'est trop tard. S'ils le reconnaissent c'est un bon point.
Je vais voir l'arbitre après je ne peux pas non plus trop râler sinon ils vont nous prendre en grippe.
Quand il y a des frictions sur la glace, mon rôle est de protéger mes coéquipiers. Des joueurs vont aller protéger physiquement le joueur, moi aussi j'essaye de m'interposer. Je vais aussi voir 2, 3 joueurs de l'équipe adverse pour leur faire comprendre qu'il ne faut pas exagérer, on n'est pas là pour se battre. Après je vais voir l'arbitre. Son  rôle est de protéger les joueurs des blessures et des jeux un peu violents.

Dans le début de la première phase on te voyait souvent en prison, maintenant beaucoup moins. Tu as changé quoi ?

Cela a été mon discours entre la 2ème et la 3ème période à Limoges. On avait pris des pénalités pour des choses bêtes. On s'est adapté à l'arbitrage. Au bout de nombreuses prisons, on a compris comment fonctionnaient les arbitres, qui fait quoi, comment ils gèrent les matchs. Moi aussi, je me suis adapté. On prend ainsi moins de pénalités. On est aussi plus présents physiquement et tactiquement, on patine plus, on est donc plus souvent présents en premier sur le palet, cela évite des pénalités. C'est à l'équipe adverse de faire les fautes. Cela change tout.
A partir du moment où Lionel est passé entraîneur, on a mis en place un système d'amende, car il faut mettre un peu de discipline dans un groupe. Ce n'est pas une question d'argent, on s'en fout, c'est une question de respect par rapport à tout le monde. J'ai payé des amendes, on a un spécialiste du retard qui va se reconnaître. J'ai payé une amende pour indiscipline parce que j'ai pris un 10 minutes bien que ce soit l'arbitrage qui se soit fait avoir, mais on pénalise l'équipe. Cela il faut en prendre conscience et je pense que maintenant tout le monde l'a fait. Une pénalité, 2 minutes qui peuvent sembler anodines, cela pénalise tout le monde. Cela pénalise ceux qui jouent, ceux qui ne jouent pas car sans la pénalité peut être qu'ils joueraient, cela pénalise le gardien car il va prendre plus de shoots. Tout le monde dépense de l'énergie supplémentaire. Cela pénalise aussi le coach parce qu'il doit changer ses systèmes de jeu. Cela pénalise aussi le public parce qu'il préfère nous voir en supériorité numérique. On s'est adapté aux nouvelles règles et cela marche de mieux en mieux parce qu'on patine plus aussi.

Au niveau physique, l'équipe a progressé ?

Complètement. On a changé le système, il faut plus aller de l'avant. C'est vrai que pour le jeu défensif c'est plus dur, mais c'est plus plaisant à regarder qu'un système 4-1, 4 à bloquer derrière et un qui essaye de partir marquer. Physiquement on est mieux, les entraînements sont plus rythmés.

Il y a 4 lignes d'attaquants et 3 lignes de défenseurs, vous ne tournez donc pas toujours avec les mêmes joueurs. Est ce que cela se ressent beaucoup dans le jeu ?

Cela change aussi en fonction de la manière de jouer de la ligne lors d'un match. Il y a des matchs où une ligne d'attaquants va jouer compact et la même ligne sur un autre match va jouer large. C'est bien de savoir comment cela va se passer, car on sait où va être le joueur sans regarder. Cela se travaille à l'entraînement. C'est la grosse différence Elite/D1. En Elite, les systèmes de jeu sont imposés, c'est placé. le joueur connaît exactement le timing et la position. Dans un type de situation, ils savent qui doit faire quoi. Ici, la discipline de jeu est entrain de se mettre en place, mais il faut du temps, ce n'est pas facile. Le fait que les joueurs ont beaucoup changé dans le groupe ces dernières années fait que cela est difficile. Les joueurs de plus de 2 ans dans le club sont rares : Marek, Yann (Auzeby et Fornaguera), Jeff, Thomas (Appert), Fabrice. Cela fait relativement peu. Il faut quelques années pour qu'un groupe se construise.
Les automatismes font gagner de précieuses secondes dans le match.

Tu as vu sur le site ton interview dans les vestiaires après la victoire contre Annecy,  Les chaussettes, la bouteille d'eau, les shorts, les peaux de bananes ?

C'est marrant, cela a beaucoup plu. Des petites 'conneries' comme cela, cela montre l'esprit qu'il y a dans l'équipe, cela montre que l'on s'entend bien, qu'on est contents. C'est des gamineries, mais il n'y a pas d'âge pour en faire.

Lors des entraînements aussi vous avez l'air de vous amuser.

Si on ne prend pas plaisir à s'entraîner, on ne prendra pas à jouer. C'est comme dans le travail, si on va travailler à reculons, on ne fera pas du bon boulot. Après il y a aussi la part des choses à faire. On peut s'amuser à l'entraînement, on doit même s'amuser à l'entraînement, mais quand il faut être sérieux, il faut l'être.

Pour finir cette interview, nous nous devons de te poser la question rituelle. Celle qui, si je l'oublie, m'attirera les foudres de tous les lecteurs. Tu as lu les autres interviews ?

Oui, oui je me souviens il y a une question sur la 'bouffe'...

Aimes tu les tomates ?

Ahh oui c'est ca (rires). Oui j'adore les tomates, toutes les tomates, cuites, pas cuites, crues, même avec le pastis, la tomate ca s'appelle. Toutes les sortes de tomates, pas de problème.



Le mot de Thomas aux supporters







C'est parfait, tu es un vrai Viper car pour l'instant aucun Viper n'a dit ne pas aimer les tomates.
Merci beaucoup Thomas de nous avoir accordé ton précieux temps et à très bientôt pour la suite des aventures des Vipers.

Claudine et Christophe

 

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