Portiers des Vipers

(Montpellier, le 7 octobre 2006) :



Nous avons voulu, pour recommencer la saison, interviewer une pièce maîtresse de l’équipe, le gardien. Comme vous devez le savoir, la pièce maîtresse n’est pas unique puisqu’ils sont au nombre de 3, mais ce n’est pas cela qui va nous arrêter. Fabrice s’étant blessé la semaine dernière, nous l’avons interviewé pendant que Martin et Yann continuaient l’entraînement. Pour des raisons de commodité, nous avons retranscrit l'interview comme si tous 3 étaient ensembles..
Commençons tout d’abord par une rapide présentation :

Fabrice Agnel, gaucher, né le 19 janvier 1982 à Gap, Numéro 30, 1m77, 74 kgs.

 

Martin  Bradette, gaucher, né le 20 janvier  à Laval au Canada, 1m83, 82 kgs, numéro 90, fiancé depuis 3 ans (son amie cherche d’ailleurs du travail dans le milieu du prêt à porter, elle était gérante d’un magasin avant de venir à Montpellier, donc n’hésitez pas à contacter Martin), 10 ans de hockey professionnel. Arrivé à Montpellier depuis à peine 1 mois et demi.

 

Yann Auzeby, gaucher, né le 29 décembre 1971 à Nimes, 1m78, 80 kgs, numéro 69, 3 enfants et un 4ème bientôt, 10 ans en tant que gardien de hockey non professionnel, habite à Nîmes. C’est le seul joueur qui est papa.

Comment avez vous commencé à jouer au hockey ?

Fabrice : J’ai commencé le patin à glace à Gap, mais pas le hockey, cela ne m’intéressait pas. Puis je suis parti à Grenoble pour pratiquer l’escrime. Après un titre de vice-champion de France et comme je n’ai pas été premier, j’ai décidé d’arrêter alors que j’avais pourtant un bon potentiel. J’ai décidé que finalement j’allais faire le même sport que mon grand-frère, le hockey sur glace, mais tout en restant différent (il n’a donc pas voulu faire attaquant). De plus, j’étais tout le temps dans les cages quand on jouait à la maison avec mon frère, puisqu’il me le demandait, j’ai donc décidé de jouer comme gardien.
Il a fait de l’escrime jusqu’à l’age de 10/11 ans et a commencé le hockey en compétition vers 11/12 ans. Ses parents ne voulaient pas trop qu’il fasse du hockey comme son frère.

Martin : J’ai commencé à jouer au hockey à 5 ans et à garder les buts vers 7/8 ans. L’envie de devenir gardien est venue très vite. Vers 5/6 ans j’ai  appris à patiner et lors des petits matchs je voulais déjà être gardien, j’ai toujours eu une fascination pour l’équipement. De plus cela devait être un peu dans les gènes, car mon père, mon cousin et mon oncle ont été gardiens. C’est un trait de famille. Mon père a commencé à aimer venir me voir jouer quand est arrivé l’âge de la compétition vers 9/10 ans.

Yann : J’ai commencé comme gardien à l’âge de 24 ans. J’avais commencé à Nîmes en tant que joueur vers l’âge de 13 ans, donc assez tard. A 17 ans, j’ai arrêté le hockey et j’ai repris à 24 ans. Ca m’est venu car j’ai toujours été gardien de foot et naturellement quand j’ai repris le hockey je suis devenu gardien.

Fabrice : Ce qui m’a attiré dans le hockey, c’est que mon frère en faisait et Gap en était un peu la capitale Française à cette époque. Depuis que je suis né, j’ai toujours fréquenté les patinoires puisque je suivais mon frère… dans le sac de couchage avec la bouillotte. J’ai vécu dans ce milieu depuis mon plus jeune age donc cela m’a forcément intéressé.

Fabrice et Martin n'étant pas originaires de la région, nous leur demandons comment se sentent ils à Montpellier?

Fabrice, comment trouves-tu Montpellier venant d’une région de montagnes. Je me suis très bien adapté. Je pensais que les montagnes allaient me manquer, mais finalement non. J'ai compensé avec la mer, remplacé le snowboard par le wakeboard (NDLA : mon dieu comment est ce possible ?). Je me suis bien adapté à la vie d’ici, c’est un rythme qui mei va bien. J'aime beaucoup Montpellier pour son dynamisme, sa jeunesse. Je m'y sens presque comme à la maison.

Martin, pourquoi tu as voulu venir en France ? Je suis venu il y a 4/5 ans pour la première fois en France. Au Canada le hockey est complètement différent. Dans la ligue où je jouais, il y avait beaucoup de bagarres (un match durait 3h à 3h1/2). J'étais un peu ‘tané’ du show de bagarre (expression canadienne) que l’on préconise parce que c’est ce qu’aiment les gens. J'ai donc envoyé mon CV en France et j'ai  signé un contrat avec Angers en Elite. Ca c’est plus ou moins mal passé car j'ai eu une grosse blessure en début de saison  (une déchirure dans un muscle de la cuisse) et le club m'a demandé de tout de même jouer sinon je retournais au Canada. J'ai essayé de jouer comme cela jusqu’à Noël mais cela n’était pas possible donc je suis reparti au Canada. Lors de mon séjour en France, j'ai rencontré ma conjointe qui est Angevine. Je suis retourné avec elle au Canada où j'ai joué 2 ans et j'ai renvoyé mon CV de nouveau cette année. Il y a 4 ou 5 clubs où je désirais jouer. Montpellier faisait partie de ceux-là.

As tu eu des informations sur les clubs français avant de venir ? J'avais rencontré des gens qui avaient déjà joué en France et à Angers particulièrement. Je savais que seuls certains clubs prennent des étrangers. Claude Deveze m'a parlé de Montpellier pendant que j'étais à Angers. Il m'a dit que c’était une équipe qui montait (elle était en D3), une très belle place à jouer. J'ai donc envoyé mon CV et c’est là que je suis entré en contact avec le club et j'ai vu que je cadrais bien avec le club.

Ce n’est pas trop dur de tout quitter comme ca ? Je ne trouve pas. Je suis parti de chez moi pour le hockey à l’âge de 16 ans. C’était plus dur pour ma mère, étant assez solitaire et de nature à ne pas m’ennuyer. Bien sûr la famille et mes amis sont très importants pour moi mais je peux en être loin sans que cela me perturbe.

Pour Yann, cela est totalement différent, il vit sur Nîmes, travaille sur Fos sur Mer dans l’entreprise familiale (Sonelec) et vient s’entraîner à Montpellier. On ne lui pose donc pas la question de la difficulté du déracinement, par contre ses obligations professionnelles lui font faire beaucoup de trajets. Ce n’est pas trop dur à gérer ?  Ce n'est juste qu'une question d’habitude, ce ne sont que des kilomètres à faire.

Y a t il des gardiens qui t’ont inspiré ou dont tu étais fan ?

Fabrice : Evidemment, Patrick Roland et Christobal Huet puisqu’ils étaient dans le même club (Brûleurs de Loups). J’admire leur recherche permanente de techniques et d’amélioration. Ils essayent toujours d’être en avance par rapport aux joueurs, à la situation de jeu, à l’évolution de l’équipement. Ils vont plus loin que le palet à arrêter. Je les respecte beaucoup et j’aimerais, plus tard, les approcher par rapport à leur carrière.
La carrière de gardien peut être plus longue que celle d’un joueur. La fleur de l’age pour un gardien, c’est 26/27 ans avec la fougue de la jeunesse mais aussi l’expérience des années. Je me laisse encore deux bonnes années pour faire mes preuves et après Je vais mettre le turbo.

Nous comptons sur toi pour le faire à Montpellier.

Yann : pour moi c’est Martin Bradette… rires. Sincèrement je n’ai pas eu vraiment d’idole, commençant à 24 ans d’être gardien. On était une bande de copains en loisir et c’est un copain qui arbitre maintenant (Thierry Espigat) qui m’a entraîné. La passion m’est venu en regardant une cassette qui s’appelle ‘Le dernier rempart’ qui est consacrée exclusivement à des arrêts de gardiens de la NHL. J’ai appris et je me suis inspiré en visionnant cette cassette.  Bien sûr, par la suite j’ai aussi beaucoup appris des gardiens avec qui je jouais.

Martin : Déjà avec une famille de gardien mais aussi en vivant près des Canadiens de Montréal… Le 1er qui m’a vraiment inspiré c’est Steve Penny juste avant Patrick Roy. Après, cela a été Curtis Joseph (Coyotes de Phoenix) et avec son style j’ai particulièrement aimé John Vanbiesbrouk (maintenant retraité). J’ai une anecdote à propos de John. J’étais au camp d’entraînement de l’équipe de Tampa Bay (NHL) et il y avait un match où on jouait contre les Panthères de la Floride où John Vanbiesbrouk gardait les buts. Je n’étais pas habillé et lui non plus. Je regardais l’échauffement et je me retourne et John était debout près de moi. Je le regardais en me disant qu’il n’était pas plus grand que moi et même plus petit. J’avais donc des chances de jouer en NHL même si je n’étais pas dans les plus grands.
Je regrette un peu, ayant fréquenté plein de joueurs de la NHL, de ne pas avoir fais de photos avec ces gens là. A Tempa Bay il y avait aussi un très bon gardien,  qui était dans son équipe un moment donné, Daren Puppa. Quand on arrive dans un camp d’entraînement NHL on est tellement concentré à vouloir faire l’équipe qu’on ne pense pas aux photos aux autographes…
Maintenant, j’admire énormément Martin Brodeur, pas seulement parce qu’il est dominant saison après saison, mais aussi parce que c’est quelqu’un qui reste simple dans la vie, qui ne se prend pas pour un autre, toujours prêt à faire des interviews, à signer des autographes. C’est un joueur qui joue pour l’amour du hockey et non seulement l’argent. Par exemple, il a décidé d’accepter moins d’argent pour finir sa carrière là où il l’a commencé, à New Jersey. C’est très rare de nos jours.

Quel contact avec les autres gardiens ? L’émulation, la compétition ?

Fabrice : Il y a toujours de la compétition, même si on est copains (Il nous parle des anciens gardiens avec lesquels il avait une bonne entente : F Laures, M Forslund). Je trouve M Bradette très gentil et comme il est plus agé, je ne le vois pas comme un rival, cela se passe très bien avec lui. J'aspire à être le meilleur gardien et fais tout pour cela. Je passe de très bons moments avec mes coéquipiers. Je pense que la compétition entre les gardiens les fait tous progresser.

Martin : On s’amuse bien les 3 ensembles. C’est un sport avant tout, il faut s’amuser. L’ambiance est très bien entre les 3 gardiens. Tout le monde travaille fort, tout le monde veut garder les buts. De toute manière ce n'est pas nous qui choisissons qui va garder les cages.

Yann : Il y a une très bonne entente. J'estime qu’avec moi il n’y a pas de compétition car mon rôle est bien établi. Je suis là s’il y a une défaillance de Martin ou de Fabrice (C’était d’ailleurs le cas lors du match contre Bordeaux le 7 octobre). Mais même vu de l’extérieur, entre Martin et Fabrice, il y a une très bonne entente, bien qu’il y ait, et c’est nécessaire, une certaine compétition. Ils ne sont pas là pour se tirer dans les pattes. C’est comme cela qu’on peut faire progresser l’équipe.

Quelles sont les qualités importantes que doit avoir un gardien ?

Fabrice : Tous les gardiens ont les mêmes bases techniques, ce qui fait la grosse différence, c’est le mental. En match, il faut savoir gérer plusieurs choses à la fois : pression de l’entraîneur, de l’équipe, du match et aussi de savoir qu’il y a un autre gardien mais qu’aujourd’hui c’est moi qui joue et que je dois tenir ma place. Cette gestion du stress est ce qui fait la force du gardien. J'ai conscience d’être jeune et travaille cette confiance pour être serein dans les cages. C’est ce qui fait la différence des grands gardiens comme Dominique Hasek qui n’a pas un joli style mais un super mental ou bien Eddy Ferhi qui est le meilleur gardien français mais qui vient de prendre 11 buts à son dernier match.
J'ai fréquenté Christobal Huet à Grenoble. Ce n’était pas encore sa grande époque, mais il dégageait déjà un fort charisme. En 1998, lors d’un match, il est entré dans les vestiaires en disant :’maintenant c’est fini, je n’en prends plus, vous avez un point à mettre et on est champions’. Il a tenu la baraque.  C’est un moment sympa dont je me rappelle car je le côtoyais en personne. Il y a aussi Patrick Roland qui m’a énormément aidé. Il est maintenant entraîneur des gardiens de l’équipe de France. Il y a une très grande solidarité entre les gardiens français. J'ai côtoyé de grands gardiens quand j'étais plus jeune et cela m'a beaucoup apporté.

Yann : Le mental.

Martin : C’est une des qualités premières du gardien de but. Quand le gardien de but fait une erreur c’est un but. Si un défenseur fait une erreur, il y a encore le gardien de but derrière. Il faut être fort mentalement et ne pas se laisser décourager.

Yann : Il y aussi le physique. On a l’impression que c’est celui qui fait le moins d’effort mais le peu d’efforts qu’il fait sont souvent rapides et en apnée. Il y a donc énormément de physique.

Martin : Souplesse, agilité. Il faut avoir l’endurance et le physique. On peut perdre de 2 à 4 kilos pendant un match de hockey. C’est un bon plan pour maigrir, mais on les reprend vite. Un exemple en NHL un gardien peut faire facilement 85 kgs en début de saison et finir la saison ne faire plus que 77 kgs, ils ont les joues creuses.

Comment se passe votre relation avec le coach ?

Fabrice : Mes relations avec le coach sont plutôt saines, il faut dire que les gardiens étant un peu a part ils ont plus de dialogue avec le coach pour certains exercices d'entraînements.

Yann : n’étant pas anglophone, je n'ai pas trop de relation avec lui, Mais le peu que j'ai, cela se passe très bien.

Martin : Il est d’un bon contact. Il est positif et encourage beaucoup. C’est sûr que la communication peut être difficile pour un non anglophone.
Anecdote : Martin ne parlait que français quand il était au Canada, c’est seulement quand il est parti aux USA pour jouer au hockey qu'il a commencé à parler anglais. Plus on s’éloigne de Montréal plus c’est francophone. Il y a des gens qui ne parlent pas du tout l’anglais.
Ce qui fait beaucoup rire Martin vis à vis de la langue parlée ici, c’est qu’on utilise beaucoup de termes anglais qu’on prononce à la française. Ou des expressions comme ‘ca caille’ quand il fait froid.
Martin trouve que l’on a un accent mais pas trop prononcé. Au Québec, Montréal a un accent comparé à Québec comparé aussi à celui de Denis…

Etant donné l’actualité concernant le départ de Peter Carlsonn, comment voyez-vous l’arrivée de Lionel Bilbao en temps qu’entraîneur ?

Fabrice : Je pense que le nouvel entraîneur est apte à diriger une équipe de ce niveau. Il l'a déjà prouvé en fin de saison l'année dernière. Il arrive dans un moment délicat où on n’a plus beaucoup de temps pour se trouver, mais je pense que l'équipe est capable de se retourner et que Lionel nous aidera (par ses expériences passées dans les grands clubs de l'élite) a nous sortir la tête de l'eau.

Martin : Je suis désolé du départ de Peter, car c’est une personne très appréciée dans le vestiaire, toujours positif, il encourageait tout le temps.  Je pense que c’est la langue qui a été contre lui. C’est très difficile de mettre un système de jeu quand on ne parle pas la même langue.  C’est aussi dur d’entraîner quand on ne connaît pas le niveau ni les autres équipes et leurs joueurs. Dans le sport, il faut des résultats et quand il n’y en a pas, il y a des changements.  Je voudrais souhaiter à Peter bonne chance dans sa carrière d entraîneur.

Pour ce qui est de l'arrivé de Lionel, je vois cela très positivement, les défauts de Peter sont les qualités de Lionel:  il connaît tous les joueurs et les équipes adverses, ce qui est très important pour un bon plan de match.  En plus Lionel n’aura pas la langue comme barrière car il parle l anglais.  C’est quelqu’un qui a beaucoup  d’expérience dans le hockey français et aussi beaucoup de contacts ayant roulé sa bosse durant plusieurs années en Magnus et maintenant en D1.  Côté entraîneur il a appris beaucoup avec tous ceux qu’il a côtoyé, je pense qu’on ne pouvait trouver mieux. Lionel est le candidat idéal pour relancer notre équipe.  En plus quand il y a changement d’entraîneur, les équipes ont toujours un regain d’énergie dont on a vraiment besoin étant dans une période critique du championnat.  Maintenant il faut se relever les manches et travailler tous ensemble pour aller chercher des victoires.

A propos de l’équipement, celui-ci a diminué de 10% en terme de surface. C’est la NHL qui a décidé cela, ils veulent plus de spectacle, avoir plus de buts. Ils ont aussi modifié les règles pour qu’il y ait plus de pénalités. Cela se reflète dans les scores depuis le début de l’année. C’est peut-être une règle qui va permettre au hockey de se développer un peu plus du fait de plus de spectacle. Dans un premier temps cela coupe beaucoup le jeu. Avec ces nouvelles règles, ce n’est pas traumatisant tous ces arrêts de jeu du début de saison?

Fabrice : Je pense que c’est une transition, le temps que les joueurs s’adaptent. Je trouve que l’équipe a des débuts un peu difficiles, mais la saison est longue. On verra comment cela va évoluer. J'espère que la saison va être meilleure que l’année passée.

Yann: Martin est déjà équipé avec le nouveau matériel qui sera obligatoire la saison prochaine pour la D1 alors qu’il est déjà effectif cette saison pour l’Elite.

Martin: (Il confirme qu’il a déjà le nouvel équipement pour s’habituer). Il y a une période d’adaptation. Cela m'a pris 2 à 3 semaines. Certaines fois je pense que je vais arrêter le palet mais je ne l’arrête plus. L’équipement perd un pouce soit 2,54 cm par botte. Cela fait une grosse surface. Certains goals trouvent que c’est très difficile de jouer avec ces nouvelles bottes. Il faut s’adapter. Cela a changé les gardiens au niveau de la NHL. La tendance était d’avoir de très grands gardiens, 1m90, 1m95. L’an passé, avec le nouvel équipement, les meilleures statistiques ont été obtenues par des gardiens de 1m85 et moins. Le nouveau matériel est plus léger, les gardiens de réflexes sont devenus dominants. On va regarder autre chose que le physique pour un goal et revenir plus à ses qualités de vitesse et de réflexes.

Yann: C’est un moment d’adaptation, les joueurs vont s’y faire.

Martin: Cela ne me traumatise pas car au Québec il y avait beaucoup d’arrêts de jeu du fait des bagarres. Je trouve qu’ici le temps passe très vite. Ce qui est traumatisant c’est de voir l'équipe prendre beaucoup de pénalités. C’est à l’équipe à gérer. Je trouve tout de même que les arbitres sanctionnent trop les mise en échec.

Yann : comme c’est la première saison où les arbitres appliquent ces nouvelles règles, peut être en font-ils un peu trop. Petit à petit cela va se décanter et le jeu reprendra son cours. C’est un temps d’adaptation pour les équipes mais aussi pour les arbitres. Il ne faudrait pas non plus tomber dans un hockey sur glace style roller où il n’y a pas de contact autorisé. Ca ne serait plus du hockey, cela ne serait plus intéressant.

 

En dehors du hockey, nos gardiens ont-ils une activité professionnelle ?

Fabrice : est métreur projeteur au sein d’un bureau d’étude qui travaille sur la ligne 2 du tramway de Montpellier.

Yann travaille dans l'entreprise familiale Sonelec basée à Fos sur Mer.

Martin: Je m’occupe beaucoup du hockey mineur. Je suis entraîneur pour les minimes Elite et je vais aussi essayer de m’occuper de la formation de tous les gardiens du club qu’ils soient petits ou grands (Nous lui parlons de notre nouveau Gardien, Pamela du hockey loisir débutant et lui demandons s'il voudra bien aussi la former). Le fait qu’elle soit débutant importe peu, car je verrai vite le niveau de chacun et je pourrai adapter la formation en fonction des niveaux de chacun. En fait, cela fait de nombreuses années que je fais de la formation. J'ai travaillé à l’école de hockey de Laval avec Michel Valliere qui a longtemps joué en France et qui s’occupait de l’école de hockey à Mulhouse. J'ai fait plusieurs écoles de hockey, donc je suis pas mal habitué à l’enseignement. Je sais qu’aux vacances scolaires j'aurai des ‘blocs de glace’ pour organiser des stages spécialement pour les gardiens. C’était quelque chose qui manquait un peu à Montpellier et il y a un potentiel énorme au niveau du hockey. Je suis très content de pouvoir m’impliquer dedans.

Qu’est ce qu’il faut dire à un jeune pour qu’il ait envie de devenir gardien, ou est ce que cela doit venir de lui-même ?

Fabrice : Je pense que l’on ne devient pas gardien de but comme ça, c’est avant tout un état d’esprit : être gardien c’est « être seul au milieu d’un groupe ». Beaucoup de joueurs essaient pendant un temps d’être gardien mais généralement sans succès… J’ai juste envie de leur dire « essayez et surtout ne lâchez rien… »

Yann : je pense qu’on voit cela au caractère du jeune, à sa façon d’être, à son mental. Il sera la pièce maîtresse de l’équipe, le dernier rempart. Cela peut motiver.

Martin : Au Canada quand on commence le hockey, chaque joueur sera gardien au moins un match. C’est en essayant que le jeune verra si cela lui plait ou non. A cette place on a une autre vision du jeu. Il faut essayer. On ne peut forcer un jeune à être gardien. En plus, avec le coût de l’équipement du gardien, on voit beaucoup plus de parents qui ne veulent pas que leur enfant soit gardien.

Yann : il faut y prendre plaisir. Malgré tout le gardien prend aussi des coups, avec le palet, les joueurs, même avec l’équipement.

Que pensez vous de l’appellation mercenaire pour les joueurs étrangers qui viennent jouer en France ?

Fabrice : C’est une expression très significative, pour moi c’est un peu « rude » comme expression, mais pour certains joueurs c’est ce qui leur va le mieux. Pour moi un renfort est là pour aider l’équipe, après, à lui de s’intégrer ou pas, tout à l’image de Marek Michalovic qui est arrivé en tant que renfort et qui a l’heure actuelle est devenu plus que Montpelliérain et fait partie des pièces maîtresses de cette équipe.

Yann : Si il n’y avait pas d’étranger dans le championnat, je pense que malgré le faible niveau français, le hockey n’aurait même pas ce niveau. Les étrangers apportent beaucoup par leur expérience et leur vision de ce sport qui est différente de notre vision. Il ne faut pas non plus qu’une équipe ne soit composée que d’étrangers. Il faut un mélange.

Martin : J'estime que l’équipe ne doit pas non plus être composée que d’étrangers. Les supporters sont français… Ils se reconnaîtront plus au travers d’un joueurs français. Les favoris du public seront certainement plus les français présents dans l’équipe.

Yann : On a vu les soucis qu’a rencontré Christobal Huet quand il a remplacé José Théodore. Même maintenant certaines personnes trouvent que ce n’est pas normal que ce ne soit pas un canadien dans les cages des Canadiens de Montréal.

Martin : Va dans le même sens que Yann surtout que le Québec a la réputation de former les meilleurs gardiens du monde depuis des années. Beaucoup de gardiens québecquois sont en NHL. Je pense que la France a un fort potentiel et que ce n’est pas en faisant jouer le moins de français possible que l’équipe de France va s’améliorer. Il faut développer des joueurs, il faut développer des jeunes, il faut les faire jouer. Je pense que la nouvelle fédération va amener un développement du hockey français tant au niveau sportif que médiatique. Malheureusement je ne jouerai plus quand la mutation sera achevée. Si c’est bien géré dans 4/5 ans tout devrait mieux aller.

Yann : le président de la fédération est originaire du Canada, du Québec.

Yann et Martin, vous portez des lunettes, ce n’est pas gênant en tant que gardien ?

Martin : effectivement j’ai une mauvaise vision de loin mais je mets des verres de contact.

Yann : moi aussi, mais je ne corrige pas. Je devrais pourtant. Il a certaines fois du mal à voir un palet venant de la zone de défense adverse, par contre quand c’est assez proche, il n’y a pas de soucis.

Comment avez vous choisi le numéro de votre maillot ?

Fabrice : Et bien, c’est très compliqué. A Grenoble, j’avais le 35 (car mon frère avait le 8 et 3+5 ça fait 8) puis je me suis attaché à ce numéro non plus par la somme mais il était devenu « mon numéro ». Puis j’ai été champion de France junior Elite avec Grenoble avec le 30 (on n’avait pas le choix). Puis arrivé à Montpellier ils m’ont demandé quel numéro je voulais. J’ai répondu 35, ils m’ont donné le 30… Et depuis, chaque année, je demande le 35 mais ils me refont mon maillot avec le 30, alors je ne dis rien et il me rappelle des bons souvenirs. Ce qui est dommage, c’est que c’est le numéro de Martin je crois… Bref une longue histoire pour un petit numéro.

Yann : Numéro 69. Bien entendu on lui a déjà posé la question en imaginant toutes sortes de choses, mais en fait ce choix est beaucoup plus personnel. Yann a perdu son frère (ils étaient 3 frères), en 1969. C’est pour cela qu’il a choisi ce numéro.

Martin : Numéro 90. En fait son numéro c’était le 30, mais il est déjà pris par Fabrice. Quand il jouait midget 3A il avait pris 90 et cela avait bien marché donc il l’a repris.

Que pensez-vous de la responsabilité du gardien envers son équipe et quelle est votre relation avec les défenseurs ?

Fabrice : La légende dit :’quand on gagne c’est les attaquants et quand on perd c’est le gardien’. C’est vrai qu’il y a un peu cette mentalité, mais c’est tout de même un rôle que j’aime parce que c’est un rôle qui se détache dans l’équipe.’Etre gardien de buts, c’est un sport individuel dans un milieu collectif’. On ne dépend pas des autres. Que les défenseurs soient là ou pas, le travail, c’est d’arrêter les palets et c‘est ce qui me plait (Il fait un parallèle avec l’escrime où il y a le même esprit individuel où il faut se battre avec soi-même, par contre en hockey il y a un côté collectif car il joue dans une équipe). Je trouve que c’est un bon compromis entre sport individuel et collectif.

Martin : Un gardien paraît bien quand son équipe joue bien devant lui. Le gardien peut bien jouer le match de sa vie, si l’équipe ne va pas devant lui il peut prendre facilement 8/10 buts. Il faut quand même une aide des défenseurs, on ne peut faire tout tout seul.

Fabrice : Il y a une énorme solidarité entre les défenseurs et le gardien. Ils viennent le protéger. Je me souviens de l’époque avec O. Mac Gee avec lequel j’avais de très bons contacts. Maintenant c’est peut-être un peu plus difficile car certains défenseurs ne parlent pas français. Même s’ils sont très sympas, le dialogue est un peu plus difficile.

Justement, durant les matchs, comment se fait la communication suite au problème de la langue ?

Martin : Ce n’est pas évident. Il y a 2 défenseurs qui ne parlent ni anglais, ni français donc on les laisse jouer. C’est difficile de faire autrement. Ils commencent tout de même à apprendre quelques mots de français.

Les 2 défenseurs slovaques vont donc avoir un accent canadien ?

Yann : Cela se pourrait bien…

Les matchs se faisant devant un public et des supporters, comment gérez vous le succès ou les critiques ?

Fabrice, par exemple, que penses-tu du succès que tu rencontres avec le public ? Ca doit être le fait d’être cool et sympa. Ce que je n’aime pas dans une équipe, ce sont les joueurs qui se sentent supérieurs. Le joueur doit faire son job sur la glace en premier lieu et il doit avoir une image respectable. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous les joueurs. (NDLA: non, nous ne l’avons pas cuisiné pour avoir des noms…). Je pense que le fait d’être sympa et cool, c’est dans ma nature, me permet d’être apprécié des supporters. Sur la glace, on ne peut pas vivre sans les supporters, le public et tous ceux qui sont là. C’est important d’avoir un échange, les joueurs  essaient d’apporter quelquechose et quand le public est avec nous, cela fait chaud au cœur, c’est un échange (on s’en est rendu compte en fin de saison dernière quand Végapolis était pleine de monde et que beaucoup de monde criait pour les encourager).
Pour un joueur cela ne peut être que positif et on doit pouvoir rendre cela au public. C’est pour cela que j’essaye d’être le plus cool et gentil possible.

Martin : Côté personnel, je ne peux pas dire si j’ai beaucoup de succès avec le public, je viens juste d arriver et cela prend quand même quelque temps pour que le public m’adopte et apprenne à me connaître en tant que gardien bien sûr. Mais pour ce qui est de l équipe, je peux vous dire que c’est génial de voir tous les partisans derrière l’équipe comme c’est le cas.  En tant que joueur, cela donne toujours de la motivation quand on est encouragé et qu’il y a des bonnes foules.  Alors coté public, vous êtes super et il ne faut pas lâcher, car on a encore beaucoup besoin de vous pour se qualifier en play-off.

Yann : de mon côté, même si je joue peu, j’ai un bon contact avec les supporters (scratcher, bizzy, marmotte family, etc) Se sont eux le 7ème homme sur la glace. Pour un joueur et une équipe c’est très important de se sentir soutenu par les partisans (à la canadienne lol) dans les bons et mauvais moments. Je pense que ce soutient est même primordial dans les mauvais moments.

Après les quelques matchs passés, quelle est votre vision de la saison ?

Fabrice : Je pense que l’équipe est en train de se trouver. Il y a un très gros potentiel offensif et une défense qui tient la route. En plus, avec 3 bons gardiens, que demander de plus. Il faut juste un peu de temps pour graisser la machine et je vous garantis, le jour où elle est en marche, ça va faire très mal…
Retourner jouer à Gap a été amusant pour moi car de nombreux joueurs étaient ses voisins quand j’habitais là-bas. Chaque fois qu’ils me tiraient dessus, ils venaient discuter avec moi. C’était plus un match sympa que difficile. C’était un match entre copains et après on est allé boire la bière ensemble.

Martin : Tours et Gap sont 2 grosses équipes contre lesquelles cela va être très difficile. Reste à voir les autres équipes. Valence a fait un mauvais match, mais il ne faut pas se fier à cela car Montpellier a fait aussi un mauvais match contre Gap. Il faut travailler, le championnat va être difficile. Il ne faut pas perdre de points pour être dans la course. Cela va être plus difficile que ce que tout le monde pensait. L’équipe doit travailler, d’ailleurs l’entraîneur a demandé un peu de glace supplémentaire, mais ce n’est pas évident car beaucoup dans l’équipe travaillent en dehors de la glace. Je pense que Tours est la meilleure équipe du championnat, mais cette équipe est battable. Il faut un bon système de jeu et un bon mental. Il ne faut pas attendre un miracle.

Et toi Yann, tu as commencé la saison avec l’équipe D3, comment tu as redémarré, tu t’es bien senti ?

Yann : oui, oui, je me suis bien senti 1/3… rires… Ce fut difficile, c’est normal quand tu ne joues pas trop. Encore une fois, le mental joue énormément quand tu montes sur la glace. Lors des entraînements, tu peux faire de bons mouvements, de belles actions, mais lors des matchs la pression est différente. Tu as tellement envie de bien faire que certaines fois tu fais mal. Tu es tellement sous pression que tu peux louper ton match à cause de cela. Le match s’est très bien passé pendant le 1er tiers-temps. J’estime que j’ai fait un très bon match pendant un tiers-temps et demi et après toute l’équipe a lâché et après j’ai aussi lâché prise. Peut-être est-ce un manque de motivation ou un manque de matchs qui est la cause de cela.

Justement, Martin, en France on ne joue qu’une fois par semaine. Est ce que cela est très gênant par rapport au Canada où tu avais 2 à 3 matchs par semaine ?

Martin : C’est une adaptation. Au départ, à Angers, je trouvais cela très difficile. Un entraînement c’est différent d’un match. Le fait de jouer 3 fois par semaine permet à tous les gardiens de jouer. D’un autre côté, cela permet plus de préparation. Mais tous les joueurs aimeraient jouer plus de matchs.

Yann : Pour le mental, cela serait mieux de jouer plus.

Martin : il y a aussi la possibilité d’une perte de concentration d’un WE sur l’autre.

Au niveau préparation physique vous faites quoi ?

Fabrice : De mon mieux… Beaucoup de gainage et de renforcement abdos lombaires complétés avec des exos « dynamique et explosif » pour les jambes, bref un peu de travail spécifique pour les gardiens de but mais avec mon travail j’ai du mal a tout concilier…

Martin : s’est entraîné tout l’été en faisant de la gym, des étirements. C’est important de faire des étirements. On n’en a pas conscience quand on a 20/24 ans, mais on le ressent quand on aborde la trentaine.

Yann : Je possède un banc de muscu à la maison. J’y travaille une à deux fois par semaine. Je fais aussi un peu de moto enduro autour de chez moi ce qui me permet de tenir la forme .Et étant le Papi des vestiaires, il faut que je me maintienne en forme (ils ont les dents longues ces jeunes ils ne laissent rien passer)

Avez-vous des rituels avant matchs ? Une vieille paire de chaussette pas lavée depuis plusieurs années ?

Martin : Oui j’en ai beaucoup. Cela commence la veille d’un match. Je veux toujours manger la même chose. L’après-midi, je dois toujours faire une sieste, je mange toujours des pâtes avant le match. Je fais presque toujours la même chose pour l’échauffement. Je pense que dans tous les sports c’est la même chose, chacun a ses rituels. Il nous raconte que l’année où son équipe a gagné le championnat, il prenait toujours la même route. Un moment donné il a changé de route, ils ont perdu, il a regretté d’avoir changé. Son père venait toujours avec lui pour voir les matchs et il a eu le même réflexe, il lui a dit tu as changé de route, tu as perdu, il faut reprendre la route habituelle.

Yann : Non, pas particulièrement, aahh si je me gratte toujours la narine gauche avant.

Un gardien, cela doit savoir patiner, bien sûr, mais pour le néophyte on peut penser qu’il patine moins bien que les autres joueurs. Qu’en est-il ?

Fabrice : On entend de tout, le gardien doit être le meilleur patineur ou alors c’est celui qui ne sait pas patiner. En fait, c’est juste une technique qui est différente. Le patin de gardien est bien différent, sa lame est différente. Il doit lui permettre d’être rapide. En séance publique on rigolerait de le voir patiner (nous en doutons un peu quand même). Je pense  que je serais plus ridicule qu’autre chose à patiner avec des patins de joueur. J’ai dû patiner 5 ou 6 fois seulement avec ce type de patins. Par contre avec mon équipement, je suis plus à l’aise qu’un joueur s’il le portait. C’est vraiment un patinage différent, une approche différente du patin.

Martin : On m a toujours dit que c était les gardiens qui patinaient les mieux, on a tellement de mouvements à effectuer dans tous les sens qu’il faut être très habile sur patin.  C’est sûr qu’on patine moins vite mais je pense qu’on doit être beaucoup plus agile.

Yann : La technique n’est pas la même, mais le gardien doit avoir un bon niveau de patinage

Pour conclure cette interview, nous arrivons à la question rituelle que maintenant tout le monde attend et que si nous oublions de la poser, nous avons même des remontrances, aimez vous les tomates ?

Yann : J’aime les tomates (fruit), mais je n’aime pas les tomates (gens)…

Martin : Je les aime crues mais pas cuites.

Fabrice : Je n’aimais pas les tomates quand j’étais petit. Je ne les aimais pas, mais je ne les avais pas goûté. Un peu plus grand je les ai goûté et mon avis a changé. Maintenant je les aime.





Leurs mots aux supporters :



Merci à tous les trois pour votre patience. Nous vous souhaitons une très belle saison et vous rassurons, nous ne sommes pas loin de vous pour vous soutenir durant les matchs.

Claudine & Christophe

 

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